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Déjà juin.
Tout d’abord, et en ce mois de juin, à toutes celles et ceux qui organisent et participent aux différentes « marche des fiertés » en France, et dans le monde, je vous souhaite, une « Happy Pride » .
Ce mois ci, et pour fêter juin, je vous proposerai 2 témoignages exclusifs ( comme tous les témoignages, lol ! ) . Des témoignages sur la transidentité, et le parcours de clientes que j’ai accueillies durant ce premier semestre de l’année et que j’accompagne. Vous constaterez les effets, plus que bénéfiques, du maquillage pour les personnes transgenres.
Si certaines se travestissent pour une soirée, une occasion festive, pour vous amusez, pour vous faire plaisir ( et c’est super !!! ), il existe d’autres personnes pour qui cela revêt une toute autre dimension. Leur vie en dépend, et pas seulement au sens figuré.
Tout de suite : le 1er témoignage. Noémie est venue me voir pour une séance de maquillage, afin de se sentir en confiance. Mais aussi pour une autre raison, tout aussi importante. (suspens ! )
Il s’agit pour elle d’assurer son passing pour son rendez-vous avec un psychiatre*, afin de pouvoir entamer un parcours médical par un traitement hormonal féminisant.
Comme d’habitude mon questionnaire : » dites nous tout ! »

Je m’appelle Noémie, j’ai 36 ans et je suis une femme transgenre (née biologiquement homme…). Je suis célibataire et je réside en Ile-de-France.
J’occupe un poste de management et à responsabilités dans l’industrie de la Santé.
Mon premier souvenir vraiment marquant remonte à quand j’avais 7 ou 8 ans. J’étais attirée par le maquillage, les bijoux et les vêtements que portent habituellement les femmes. J’ai voulu les essayer et je suis descendue fièrement pour rejoindre ma grande tante et ma mère. On ne peut pas dire que l’expérience leur a particulièrement plu.
Je me suis retrouvée à être lavée énergiquement par ma mère dans le garage avec une bassine d’eau. Je ne me souviens pas de ce qu’il s’est passé ensuite…
Durant l’adolescence, je m’habillais fréquemment avec les vêtements de mes sœurs lorsqu’il n’y avait personne à la maison. En fin d’adolescence je piochais dans la garde-robe de ma mère.
A 7 ans, puis 17 ans …et 24 ans !
Dès que j’ai eu dix-sept ans je me suis retrouvée à vivre seule dans un appartement car mes parents sont partis vivre dans un autre pays pour le travail. J’ai fini la première partie de mes études (BTS) puis je suis entrée en Ecole de commerce. Là j’ai oscillé entre vie d' »homme » et vie de femme, en me faisant la plus discrète possible. Je n’avais pas beaucoup de moyens alors je n’ai pas fait beaucoup de folies…
Plus tard, j’ai décroché mon premier job à 24 ans. J’ai pu me louer un appartement et subvenir seule à mes besoins. C’était enfin pour moi l’opportunité de vivre officieusement ma vie comme je l’entendais. Là encore j’ai oscillé entre les deux genres. A chaque fois le besoin de me sentir femme était le plus fort. Alors je me suis obligée à porter un masque d’homme dans ma vie professionnelle et sociale et à redevenir moi-même, femme, dans la sécurité de mon appartement.
Ce n’est pas du tout une envie, du moins je ne le ressens pas comme tel. Ce n’est pas non plus une lubie ou un fantasme qui ferait qu’une fois une certaine euphorie atteinte j’aurais envie de reprendre mon costume d’homme. C’est véritablement un besoin d’être celle que je suis et que je sens au plus profond de mon être. Je me sens alors sereine, vivante et entière.
Comme je l’ai raconté précédemment, c’était dans l’adolescence. Je ne comprenais pas pourquoi je n’avais pas le droit de porter des vêtements destinés socialement aux filles. Malgré tout j’ai saisi chaque opportunité pour m’habiller ainsi. A cette époque on ne parlait pas vraiment de transidentité.
Je pose maintenant les mots qui me semblent convenir sur ce que je ressentais à ce moment-là de ma vie.
J’ai ressenti un mélange de plaisir et de légèreté comme si on m’ôtait un poids invisible que je trainais quotidiennement depuis ma naissance. Toutefois ce sentiment grisant était obscurci par la crainte d’être prise sur le fait et de subir la colère de mes parents. Je ne saurais dire avec certitude comment ils auraient réagi à l’époque mais je pense que ça n’aurait été ni compréhensif ni tendre.
J’ai forcément des craintes vis-à-vis d’à peu près tout. Nous ne vivons pas dans un monde de tolérance et de bienveillance.
Je l’ai appris à mes dépends tout au long de ma vie et je n’ai jamais arrêté de me battre pour éviter que des individus toxiques ne m’écrasent.
Pour ce qui est de ma transidentité, je peux dire que nous bénéficions de plus de facilités à présent en comparaison d’il y a encore 5 ou 10 ans. Tout n’est pas parfait et il y a encore des atrocités intolérables commises à l’encontre des personnes trans (ou plus globalement « différentes »). Cependant il y a désormais davantage de reconnaissance de notre situation ne serait-ce que du point de vue médical, administratif ou législatif.
Je compte en parler prochainement à ma famille, par petites doses, et voir comment ils réagiront. Je n’ai pas envie de leur imposer mon choix. Je ne cherche absolument pas à obtenir leur approbation ou leur compréhension. Je suis indépendante à tous les niveaux alors je me sens moins contrainte vis-à-vis de leurs réactions. Cependant ils restent ma famille. Ils m’ont toujours (enfin presque) soutenu dans les moments les plus difficiles de ma vie. Je souhaiterais que nous n’en arrivions pas à couper les ponts.
Pour ce que la société peut penser, je clame haut et fort que cela ne me fait ni chaud ni froid. Je n’accorde pas le moindre crédit à ceux qui ont le jugement facile alors qu’ils ont certainement une liste longue comme le bras de choses à se reprocher. Je ne vis pas à travers le regard des autres et encore moins pour me conformer à leur regard.
Reste le travail et j’avoue que c’est probablement l’aspect que j’appréhende le plus.
Je me suis tellement consacrée à ma carrière que je n’aimerais pas tout perdre d’un coup. J’ai encore du temps devant moi. Je pose les premières pierres de mon coming out pour que ce ne soit pas brutal et soudain mais plutôt progressif et nuancé.
J’ai obtenu mon certificat psy déclarant qu’il n’y avait pas de contre-indication à ce que je commence un traitement hormonal féminisant.
Pour information : le certificat n’est pas obligatoire, la transidentité a été dé-psychiatrisée mais ça reste un document souvent demandé par les professionnels de santé.
J’ai pris rendez-vous pour débuter la prise d’hormones et je serai partie pour l’aventure d’une vie !
Je sais que ce ne sera pas tout rose et qu’il faudra encore se battre mais je ne suis pas réputée pour abandonner.
Entre être enfin moi-même et être malheureuse toute ma vie, ma décision est prise.
J’ai cherché sur Internet des personnes trans-friendly (ou tout du moins plus ouvertes d’esprit) pour m’aider dans l’art du make-up.
Tu (Jennifer) m’as apporté tellement qu’à présent que j’écris ce témoignage je me rends compte que je n’ai pas laissé filtrer grand-chose lorsque j’étais avec toi.
J’espère que tu ne m’en voudras pas trop et que ces quelques mots expliqueront mieux ce moment.
J’avais rendez-vous pour obtenir mon attestation psy plus tard dans l’après-midi et je voulais me présenter sous mon meilleur jour.
C’est la raison « officielle » pour laquelle j’ai fait appel à tes talents.
La seconde raison était ma crainte (toujours présente mais atténuée) de ne pas réussir mon passing.
C’est un sujet qui revient perpétuellement chez à peu près nous toutes (j’inclue les personnes qui se travestissent) car nous redoutons toujours de ne pas être vues comme des femmes.
Certaines s’en accommodent très bien et hausseraient les épaules mais dans mon cas c’est une peur très prenante.
Grâce à ce temps passé ensemble et grâce à ta gentillesse, bienveillance, générosité et à ton talent j’ai pu gagner en confiance quant à mon passing.
Je me suis rendue dans Paris juste après notre séance. J’avais quelques heures avant mon rendez-vous médical et je me suis dit que tant qu’à y être il fallait se lancer dans le grand bain.
Je suis allée dans le Marais (il y a quand même plus de chances d’être moins jugée là-bas à mon avis) et j’ai marché dans le quartier.
Plusieurs personnes m’ont regardée et je n’ai pas vraiment su quoi penser.
Était ce à cause du claquement de mes chaussures (discrétion zéro, on n’entendait que moi…) ?
Est ce ma taille (je fais 1m78 sans talons, là je portais des bottines avec 5cm de talons) ?
Ou alors ma tenue (claire, pas si légère que ça… mais en hiver ça fait hausser le sourcil) ?
Ma perruque qui n’avait aucune discipline ? Ou bien que mon passing ne… passait pas ?
Après une trentaine de minutes, je suis retournée à ma voiture et j’ai décidé de mettre un masque et de sortir de nouveau. J’ai déambulé dans le BHV Marais et parcouru les rayons aux différents étages.
On me regardait de temps à autre mais j’ai surtout pu noter que les regards allaient de haut en bas (peut-être la tenue finalement ?).
Je suis finalement allée à mon RDV médical et tout s’est passé à merveille.
Alors j’ai décidé d’envoyer un message à une collègue et amie. Puis une photo.
Elle a cru que je plaisantais. Alors j’ai envoyé une photo de mon certificat psy.
Et sa réaction a été tellement positive et touchante que je me suis décidée à aller au bureau dans la foulée.
Elle m’a rejointe et nous avons pris un café puis nous sommes parties dans Paris.
J’ai posé toutes les questions (craintes) que j’avais en tête, majoritairement sur mon passing et elle m’a dit qu’au contraire j’étais vraiment très féminine tant dans mon attitude, ma gestuelle, ma tenue, le choix des accessoires et… le make-up.
Je suis finalement rentrée très tard chez moi et je répugnais déjà à me présenter en costume d’homme le lendemain au bureau…
Pour moi cette séance a été l’un des éléments déclencheurs qui m’ont poussée à être moi-même en public et avec une personne proche.
Cela peut paraître comme un petit pas vu depuis l’écran d’un ordinateur mais c’était véritablement un pas de géant pour moi dans la vie réelle.
Jennifer, je te remercie du fond du cœur pour tout ce que tu m’as apporté et j’espère te revoir prochainement pour un cours de make up 🙂
Noémie
Merci Noémie ! On est bien d’accord, se travestir n’est pas être transgenre, et être transgenre n’est pas être travesti. Comme je le dis à l’envie, de toute façon, le maquillage n’a pas de genre !
L’histoire de Noémie vous a plu ?
Partagez votre un avis. Exprimez vous sur le parcours de Noémie, ou pourquoi pas : partagez nous votre expérience.
Vous êtes de plus en plus nombreuses à partager dans les commentaires. Merci à vous et merci pour toutes celles qui en prennent de la graine !
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