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Jennifer Perseverante, maquilleuse professionnelle
(+33) 06.60.64.86.26
jennifer.perseverante@gmail.com

        

Article mis en ligne le 30 mai 2025

On poursuit la série des témoignages de femmes ayant entrepris une transition de genre.

Après Emma, Julie… et prochainement une autre Emma, c’est aujourd’hui Claude qui prend la parole à nouveau.

Certaines lectrices la reconnaîtront sans doute : elle s’est déjà confiée ici, à plusieurs reprises, avec une parole toujours précise, élégante, pleine de hauteur et de finesse

Elle nous a déjà fait l’honneur de partager plusieurs fragments de sa vie : son amour pour l’art lyrique, sa présence dans des lieux d’exception, sa grâce assumée dans les univers les plus raffinés.

Claude incarne une forme de féminité assumée, classe, ancrée dans une réalité à la fois exigeante et inspirante.

Aujourd’hui, elle nous ouvre encore un peu plus la porte.

Pas seulement sur ses apparitions élégantes à l’Opéra de Paris ou ses passages remarqués dans les cercles de standing, mais sur ce qu’il a fallu traverser pour en arriver là : les déclics puissants, les renoncements lucides, l’affirmation sans compromis de son identité.

Un témoignage sans détour, lucide, sensible, profondément humain.

Le déclic de la transition : un reflet, trois révélations

Claude : Trois éléments m’ont amenée à cette décision.

Un jour d’été 2020 je recevrai un choc énorme en croisant mon reflet de travesti dans la glace de mon dressing. J’y suis habituée depuis plusieurs mois.

Mais ce jour-là une idée me saute à la gorge avec une violence extrême. C’est comme cela que je veux être mais pas avec des artifices, mais vraiment physiquement, avec des cheveux, de la poitrine, des hanches, une taille marquée.

Ce sera le point de départ plusieurs mois plus tard de ma THS (thérapie hormonale substitutive).

Je dois préciser ne jamais avoir éprouvée le besoin de répondre à la question de savoir si j’étais un travesti ou une personne transgenre. J’ai pris, ce jour-là, la réponse en pleine figure. J’ai compris où j’allais.

La planification de la transition a suivi un peu plus tard.

La remarque d’une amie sur la cohérence nécessaire de mon corps lors de mes vieux jours, si je devais me retrouver dans une institution quelconque, pour éviter moqueries, mauvais traitements du fait de ma transidentité.
J’ai trouvé qu’il était pertinent d’y penser.

Et enfin un événement, lors d’une soirée, me fait comprendre que mon corps en l’état, même si l’événement qui suit atteste de ma féminité, ne me permet pas une vie affective normal.

Devoir expliquer d’où je viens me semble difficilement gérable. Simultanément le sentiment de dysphorie va croissant même s’il n’est pas violent, à l’exception d’une fois.

Photographie : " by Charly "

Expression d'épanouissement d'une femme

Réactions de la famille : une décision assumée

Ma famille est très réduite une ou deux personnes. Ma décision était non négociable. Je l’ai imposée.

Elle n’a pas provoqué de rejet. Elle semble avoir été acceptée parce que faisant partie de ma vie et de mon choix seulement.

La transition implique semble-t-il une dose d’égoïsme que j’assume et dont je suis responsable.

Conserver ses liens sociaux sans renier son passé

J’ai très vite fait le choix de maintenir intactes, autant que possible, mes relations sociales.

J’ai trouvé bien sûr une nouvelle famille avec la communauté transgenre mais je veille à ne pas provoquer d’exclusion. Je maintiens vivantes mes relations d’avant.

Je n’ai perdu en route qu’une seule personne.

J’ai constaté que les hommes ont plus de mal avec nos transitions.

Nous trahissons notre camp d’une certaine façon. Ils pensent aussi à leur virilité dont ils comprennent que pour nous elle n’a pas la même valeur. Elle est en quelque sorte démonétisée.

Être une femme trans dans une profession libérale

Je ne suis pas salariée, mais profession libérale. Mes revenus pouvaient être remis en cause par la transition.

J’ai mis du temps à me décider pour les coming-outs et à trouver le client par lequel commencer.

Je pense avoir perdu un client mais pas pour cette unique raison. Pour les autres le passage a été assez naturel. Chez certains clients, les femmes qui m’appelaient « Monsieur » m’appelle maintenant « Claude ».

Les nouveaux clients ne savent pas d’où je viens. Je suis pour eux une femme comme les autres.

Le fait que je sois une femme transgenre ne me définit pas, ils n’ont donc pas besoin de le savoir.

Trouver sa voix sans l’imposer

Je n’ai aucune difficulté avec cela. Toutefois je recommande de ne pas laisser les discussions tourner exclusivement autour de cela.

Je dois ne pas casser les pieds à tout le monde avec ma transition, mon statut de femme transgenre.

Les relations doivent être normales, ordinaires dirai-je. Je n’aime pas non plus au-delà d’une certaine limite que les gens se polarisent sur ce sujet.

Toutefois au début il est nécessaire de faire de la pédagogie car le grand public ignore tout de ce sujet et tant que la curiosité est saine, cela ne me gêne pas.

Il m’est arrivé par exemple d’expliquer que je suis de sexe féminin sur ma carte d’identité, et surtout d’expliquer comment c’est possible. J’ai souvent entendu cette remarque « Ha bon, c’est possible ? »
Si on est en difficulté sur ce plan, il faut consulter.

Solitude ? Jamais connue

C’est quelque chose que je n’ai pas connu, que je ne connais pas.

Je n’ai jamais douté de moi à partir du moment où j’ai compris qui j’étais et qui je suis devenu.

Hormonothérapie : sensibilité accrue, humanité renforcée

Je suis d’un caractère plutôt égal naturellement. Je cachais facilement parfois les contrariétés.

Prédire les incidences de l’hormonothérapie semble assez hasardeux.

Certains produits favorisent les états dépressifs même passagèrement. La surveillance et la communication avec les professionnels de santé est donc essentielle.
Ce que je vais dire ici est donc très strictement personnel et ne saurait être généralisé. Sur le plan émotionnel, je suis devenu beaucoup plus sensible.

Un film, un livre, la musique, les actualités peuvent me faire pleurer. Cela ne prévient pas, d’un seul coup les larmes sont là, ou presque.

Cette sensibilité ne m’est pas pénible, j’ai le sentiment qu’elle me rend plus humaine. Je la vis positivement. Pour autant je ne suis pas sujette à des sautes d’humeur ou à des périodes dépressives. Mon caractère reste assez égal.

Le suivi du taux d’estradiol (prise de sang tous les 3 ou 6 mois) est assez important. Sa diminution brutale peut avoir une incidence sur votre moral.

Je suis aussi beaucoup plus aimable dans la vie courante, beaucoup plus souriante. Et c’est une force considérable.

Si vous saviez tout ce que l’on obtient par la gentillesse, l’amabilité … c’est quelque chose que j’ai découvert.

Pour autant je reste ferme sur les principes et je ne me laisse importuner en aucune façon.

Ma vie professionnelle me conduit à dire parfois des choses désagréables, qui ne font pas plaisir au destinataire de mes propos. L’homme que j’étais dans ce domaine était parfois un peu brutal.

En réalité cela ne faisait que créer des crispations impropres à aider au règlement des problèmes rencontrés.
Aujourd’hui mon attitude est beaucoup plus souple.

Mes formulations sont beaucoup plus diplomatiques. Pour autant je ne transige pas plus sur le fond, mais la façon de dire les choses me permet d’obtenir beaucoup plus et sans heurts.

Ce qui m’a le plus marqué est l’apparition de cette sensibilité beaucoup plus grande.

La baisse des capacités physiques est une réalité.

Métamorphoses physiques et alignement intérieur

Toutes les transformations se sont avérées positives.

Largement positive.

Il faut toutefois être prête pour cela. Pour résumer et sans entrer dans le détail des interventions chirurgicales, deux en 8 mois, une à visée esthétique et l’autre de chirurgie génitale je peux dire qu’elles ont eu un but commun : assurer une cohérence physique et psychologique complète.

Les transformations physiques induites par un THS sont variables selon les personnes. Elles se produisent plutôt sur le moyen terme, environ 3 ans.

La forme de mon corps a bien changé. La poitrine bien sûr, la taille, les hanches. Pour moi c’est merveilleux.

J’en profite pour tordre le cou à une idée très présente à propos de la chirurgie génitale : « Alors tu te sens plus femme maintenant ? »

La réponse est non, absolument non. Comme disais une amie « Cela ne change rien et cela change tout ».

Lorsque cette intervention a lieu tout est en place psychologiquement, intégré, assimilé.

Ce n’est alors qu’une régularisation, on ne fait que mettre les choses en ordre.

Une psy a eu cette formule : « N’idéalisez pas cette opération ».
C’est particulièrement pertinent et juste.

Ressources et soutiens : une chaîne de bienveillance

Sur le plan médical, les professionnels de santé sont très importants.

Il est essentiel de trouver des personnes avec lesquelles une confiance médicale puisse se construire et d’autre part une vraie relation humaine. Il faut se sentir comprise, acceptée.

Tout mon environnement personnel, celui du passé comme celui de la communauté transgenre m’a été précieux.

Pour les aspects médicaux, j’ai été prise en charge par une équipe remarquable chaque fois. De la chirurgienne à l’aide-soignante.

La chirurgienne : « Demandez ce que vous voulez à l’anesthésiste (elle parle du moment où l’on est sur la table) : si ça prend une demi-heure, çà prendra une demi-heure ».

Un infirmier « Ici on ne veut pas que les dames partent avec de mauvais souvenirs »

L’aide-soignante le matin : « Bonjour Miss, comment ça va ? »

Des personnes qui prennent soin de nous avec des mots simples, des comportements adaptés.

L’avenir ? Continuer à vivre en femme, simplement

C’est très simple, continuer à être une femme comme les autres.

Un conseil pour celles et ceux qui hésitent encore…

Soyez au clair avec vous-même.

Liquidez les difficultés psychologiques.

Structurez votre démarche.

Appuyez-vous sur une équipe médicale en laquelle vous avez pleinement confiance.

Veillez à votre bonne forme physique.

Au-delà c’est une décision extrêmement personnelle.

On ne saurait, selon moi, donner de conseils sur la prise de décision.

Tout au long de ce processus le moteur a été la nécessité.

Après chaque étape franchie, on ne revient jamais en arrière.

Merci Claude !

Claude nous captive une fois encore par sa clarté, sa force tranquille, sa vision

Il y a chez elle cette faculté rare de parler de choses intimes sans excès d’émotion, avec une précision remarquable… et pourtant tellement vibrante

Elle n’idéalise rien. Ni le THS, ni la chirurgie, ni la reconnaissance sociale. Et c’est peut-être ça qui rend son témoignage si précieux : Claude ne vend pas du rêve, elle raconte une vérité. Sa vérité. Celle d’une femme qui s’est levée un matin en comprenant qu’elle ne pouvait plus attendre. Qui a dit oui à elle-même, avec courage, intelligence et dignité.

Merci Claude, pour ta fidélité, ta parole limpide, et pour ce que tu représentes ici. Tu es l’illustration que le raffinement et la puissance ne s’opposent pas. Tu es une femme belle, libre et debout.

Avec toute mon admiration.

Jennifer

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