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Claude est venue pour faire un maquillage pour ses photos « pro », pour mettre sur son CV et ses réseaux pro.
Objectif : photo portrait donc !
J’ai récupéré Claude au RER (10 minutes à peine de mon atelier). Elle est venue juste avec trois vestes de tailleur.
Bien entendu au programme : maquillage, mais aussi épilation des sourcils, plus la recoiffer car il avait plu.
Nous avons passé un formidable moment de presque 3 heures ensemble.
Je mesure toute l’importance de la confiance que place Claude dans mon travail. Elle va engager son activité professionnelle, et surtout son image, au sens propre comme au figuré, sur le résultat de mon travail.
C’est un challenge que j’aime relever en tant que maquilleuse professionnelle bien entendu, et que je trouve extrêmement motivant et exaltant !
Comme vous vous en doutez je lui ai soumis mon implacable questionnaire…

Claude, femme, certes transgenre mais femme.
66 ans, célibataire, parisienne, experte indépendante.
Contrairement à beaucoup, c’est une découverte tardive, passée 62 ans, même si je me disais depuis très longtemps que « ça doit être bien d’être une femme ».
Jamais je n’en avais tiré les conséquences.
C’est chose faite aujourd’hui. Le tout premier signal n’a pratiquement pas existé, du moins pas à ce stade.
C’était plutôt des signaux très faibles, noyés dans le quotidien. Plus tard il y a eu des signaux forts alors que j’étais un travesti débutant.
Un de ces signaux m’a conduite à prendre des décisions d’ordre médical pour commencer une transition.
Avant cela, un jour, une envie irrépressible à fait son apparition : m’habiller en femme.
Le moins que l’on puisse dire est que le résultat n’était pas concluant. J’ai compris qu’il y avait un travail à faire. J’ai su très vite qu’elle femme je voulais être. Je voulais y parvenir.
Ce qui ne signifie pas pour autant que j’avais conscience alors de ma transidentité.
Il y avait un décalage entre une envie, une pulsion plutôt, et les conséquences de sa concrétisation. Comme une contradiction à résoudre.
Il m’a fallu environ trois ans pour y parvenir.
Savoir répondre à cette question a de nombreuses implications.
Elle suppose de savoir qui l’on est : crossdresser/travesti ou transgenre. Il en va de notre rapport à notre identité de genre.
C’est aussi se confronter à l’acceptation de soi face à la réalité qui se présente.
Je sais que pour certaines, se découvrir transgenre, n’est pas simple. On peut aussi trouver un autre point d’équilibre satisfaisant. C’est strictement personnel. Mais c’est un travail sur soi dans tous les cas.
Personnellement je n’ai pas éprouvé de difficulté avec cette question. Ma situation familiale, personnelle, professionnelle s’y prêtait bien. Je n’ai d’ailleurs pas eu besoin de répondre a priori à cette question.
Toutefois j’ai eu à accepter d’être transgenre et en assumer les conséquences, puis organiser mon parcours pour les meilleures chances de succès.
Vous l’avez compris, mon désir a été de m’installer définitivement dans ma vie de femme. C’est d’ailleurs la seule aujourd’hui.
Certaines amies ont fait d’autres choix, ou plus exactement ont trouvé un autre point d’équilibre.
Pourquoi ? Si je savais… J’avoue ne pas avoir besoin de le savoir.
Mais je sais ce que cela m’apporte. Un sentiment de plénitude que ne n’avais jamais connu jusque-là. Si je dois ne choisir qu’un mot : Plénitude.
Une plénitude jamais connue avant, ignorée, dont je ne savais pas qu’elle était possible. Comme si je passais à côté de moi-même.
Aussi étrange ou surprenant que cela puisse être ce fut une découverte.
Dans le temps mes comportements ont évolués. Je suis plus sereine. Plus calme. Le plus souvent souriante, aimable, polie. Je peux dire des choses pas très agréables parfois mais avec le sourire, avec gentillesse.
De la même façon, je peux résoudre des situations conflictuelles sans m’énerver, sans affrontement.
Je suis aussi beaucoup plus émotive. Toutes celles qui suivent un traitement hormonal savent de quoi je parle.
Il faut un peu d’habitude pour gérer tous ces changements.
En janvier 2020. Il n’y avait aucune occasion particulière mais simplement une pulsion irrépressible. Une force.
Cet acte ne relevait pas d’une décision réfléchie. Le ressenti de l’époque est flou, à vrai dire peu intéressant.
Le sentiment qu’il y avait quelque chose qui devait se construire, sans savoir quoi exactement.
La notion de transidentité ne m’était pas vraiment connue.
Très vite ensuite le sentiment d’une nécessité a émergée. Une force qui me poussait littéralement. J’aurais pu m’y opposer sans doute mais instinctivement je percevais que ce serait contre mon bonheur.
Je peux écrire cela aujourd’hui, avec le recul, mais sur le moment rien n’était clair, sauf l’idée d’un résultat final (quelle femme je veux être). Je ne savais pas comment atteindre ce résultat.
A cette période, j’imaginais que cette aventure ne me conduirait pas en dehors de chez moi. Trois semaines plus tard j’ai compris que je n’y échapperai pas.
C’est encore ce sentiment de nécessité qui a été déterminant. Au fil du temps il va apparaître que c’est le moteur essentiel.
C’est avec cela que je pourrai surmonter les craintes, les appréhensions, avec toujours cette force que me pousse sans que je sache jusqu’où j’irai.
J’ai très vite décidé d’accueillir les options qui se présentaient sans forcément les accepter toutes, et pas sans réflexion.
Les premiers mois ont surtout été une période utile pour tenter de construire ce à quoi j’aspirais d’une part, et par ailleurs, de compréhension des mécanismes qui étaient en train de se mettre en place.
Cela m’a apporté une certaine tranquillité d’esprit, en particulier je n’avais pas l’impression d’être dans un processus que je n’aurai pas maîtrisé un minimum.
Bien sûr il y a des imprévus, des découvertes. C’est au bout de quelques mois que j’ai découvert ce sentiment de plénitude évoqué plus haut.
J’ai eu des craintes, des inquiétudes comme nous toutes. Mais pas de peur.
Souvent les coming out ont été d’autant plus difficiles que les personnes sont proches.
Aujourd’hui presque personnes n’ignore rien de mon identité de genre.
J’écris « presque » parce que l’occasion ne s’est pas présentée avec certaines personnes. Cela reste très marginal.
Pour des raisons, que je n’expliquerai pas, mon cercle familial est extrêmement restreint. Il est informé. Les choses se sont bien passées même si il y a encore un travail de construction à faire.
Sur le plan professionnel, étant indépendante, j’ai longtemps tourné autour du pot. Ma crainte étant la perte d’un client du fait de mon identité de genre.
Pour être honnête cela c’est presque produit une fois. J’ai perdu un prospect, pas du fait de celui-ci mais d’un intermédiaire qui avait peur pour lui-même. Il avait peur de ce que l’on aurait pu penser de lui du fait qu’il travaille avec une personne transgenre. Je n’avais jamais imaginé un tel scénario.
Pour celles qui sont dans des entreprises, surtout des grandes, elles doivent savoir, si elles ont le projet d’aller plus loin, que la loi les protège et qu’en réalité elles ne risquent pratiquement rien. Je sais bien que cela ne fait pas disparaître la peur.
Nous en revenons à cette notion de point d’équilibre. Avez-vous besoin de vivre votre activité professionnelle « en femme » ? Vous seule avez la réponse.
Une gêne ? Non jamais. Dans toutes situations où je me suis trouvée tout était assumé. Je n’ai jamais été gênée d’être qui je suis. De même, je ne me suis jamais mise dans des situations que je n’aurais pu assumer.
Cela dit, Je n’aurai jamais pris le métro lors de mes premières sorties mais j’ai pris l’avion au bout de 18 mois ! A ce stade, évidement les transports en commun étaient devenus un sujet classé.
Sur le plan personnel, j’ai fait le choix de conserver au maximum mes relations amicales. Certaines sont partisanes de tout faire disparaître.
Le maintien du tissu social me semble indispensable pour l’avenir de votre vie si vous envisagez de vivre une vie de femme.
Il convient selon moi de faire les choses lorsque l’on se sent prête pour en profiter pleinement. On peut avoir un peu d’appréhension mais quelle exhalation ensuite ! On sera fière de l’avoir fait.
Quelles sont les prochaines étapes dans ta féminisation (s’il y en a à venir), ou des envies que tu n’as pas encore testées mais qui te plairaient ?
Les étapes restantes sont médicales, chirurgicales pour être précise. Cela répond à un besoin fort, impérieux, de finir de mettre mon corps en adéquation totale avec mon identité de genre.
Il y aurait beaucoup de choses à préciser mais ce n’est pas le lieu et cela nécessiterait des développements importants. Ce besoin a émergé à partir d’événements multiples. Son apparition est multi-factorielle.
Et par ailleurs, une coquetterie, un lifting féminisant qui n’est pas un luxe à mon âge. Du moins c’est mon ressenti.
Sinon il n’y a rien dans la vie d’une femme que je n’ai pas fait ou presque. Une chose tout de même : Monter les marches du festival de Cannes en robe de soirée.
Des robes de soirée j’en ai porté (Bal des fiertés entre autres), mais pas pour monter les marches au festival de Cannes. J’aimerai beaucoup
J’ai fait appel à Jennifer pour produire des photos destinées à ma communication professionnelle. C’est un peu différent des demandes habituelles qui sont de natures plus glamour, plus récréatives.
Le contrat est rempli.
Au-delà, pour celles qui ne connaissent pas Jennifer, et qui ne sont pas dans ma situation, elles trouveront une oreille attentive, « non-jugeante », respectueuse et une personne qui saura les conforter dans leur féminité.
C’est-à-dire tout ce dont elles ont besoin pour s’affirmer, prendre confiance.
Je leur recommande donc l’exercice. La confiance en soi est essentielle. Même sur votre passing, cela se voit !
Elles se rendront compte aussi de leur potentiel et peut être décideront-elles d’un autre futur.
Rien de particulier car ma vie est celle d’une femme donc cette séance n’a pas provoqué de remous particulier. Je comprends bien que pour celles qui débutent il n’en est pas de même.
Je peux imaginer que, à l’extrême, ce soit une révélation pour certaines, de véritables chocs, positifs bien sûr. Pour celles qui sont encore peu assumées, le retour à l’état antérieur peut être un peu difficile.
J’ai transmis quelques photos à des amies cis et trans pour connaître leurs préférences. Sachant qu’elle est la destination de ces photos, c’est-à-dire un usage professionnel.
Les avis sont assez concordants. J’ai mis à jour mon profil Linkedin immédiatement avec une des photos réalisées lors de notre séance.
Et quelques conseils beauté que je vais appliquer. Jennifer voit de quoi il s’agit !
Amicalement
Claude.
Tout d’abord, je ne vous remercierai jamais assez, vous toutes qui partagent sur mon blog leur témoignage. Une nouvelle fois : Merci.
Très prochainement, j’aurais l’immense plaisir de mettre mon blog à la disposition de Claude pour qu’elle nous partage ses expériences de sorties en tant que femme transgenre.
Des expériences qui vont nous mener dans de magnifiques lieux, illustrés de photos et de ses témoignages. J’ai trop hâte de tout vous montrer !
Des témoignages qui vous confirmeront ce que je pense également : il n’y a pas de lieux qui vous soient inaccessibles en tant que femme transgenre.
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