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J’ai rencontré Cécile, ce fut une belle séance, de jolies photos… Etant sensible j’ai été profondément touchée par son histoire, je suis admirative de ce qu’elle a parcouru et je suis heureuse que vous aussi puissiez découvrir son récit.

Je suis un homme de 58 ans, veuf. Je travaille dans le web marketing et j’habite en Seine-et-Marne, à quelques minutes du studio de Jennifer !
Comme beaucoup, cela remonte à l’enfance.
J’avais 7 ou 8 ans lorsque j’ai mis pour la première fois les chaussures de ma grande sœur, des mules à talon avec semelles compensées en bois, comme cela se faisait dans les années sixties ! Comme nous avions une grande différence d’âge, ses vêtements étaient trop grands pour moi, ce n’est que vers 15/16 ans que j’ai pu enfin les essayer et prendre plaisir à ressentir mon côté féminin.
Je dois dire que je me suis toujours senti un peu différent des autres garçons. En primaire, je n’aimais pas leurs jeux parfois violents, leurs propos grossiers, macho et sexistes. Je me sentais mieux en compagnie des filles mais j’étais l’objet de quolibets de la part des garçons. Je me suis vite retrouvé isolé dans un entre-deux inconfortable. Je me suis alors renfermé ayant peur du regard des autres. Pas assez viril pour les garçons et n’osant pas côtoyer les filles qui n’étaient pas toujours tendres non plus ! Cela a duré plusieurs années, jusqu’à l’adolescence. Je me suis alors aperçu que je plaisais à la fois aux filles et aux garçons et de mon côté, je ne pouvais pas choisir, toujours cet entre-deux.
C’est une envie de moins en moins ponctuelle aujourd’hui. Mais je suis passée par des hauts où j’étais prête à faire mon coming out, et des bas où je déprimais et jetais mes affaires à la poubelle, me demandant ce qui m’arrivait. J’ai fini par voir une psychologue, pendant quelques mois. Elle m’a aidée à accepter cette ambivalence et m’a surtout déculpabilisée.
Cela me procure un sentiment de bien-être, de fragilité aussi avec la peur de ne pas bien « passer », la peur de croiser une bande de jeunes avec lesquels tout peut arriver (du vécu…). De fierté également de pouvoir exprimer ma féminité. Je suis quelqu’un d’assez sensible, attentionnée, à l’écoute des autres. Me travestir me permet d’être en phase avec ces traits de caractères, souvent plus féminins que masculins, alors qu’en homme, j’ai parfois l’impression de jouer un rôle.
Quand j’avais une vingtaine d’années, j’étais en couple avec une femme qui avait les mêmes mensurations que moi (ou inversement). Je pouvais à loisir lui emprunter ses vêtements et même ses chaussures. Je me travestissais assez souvent, sans jamais le lui dire, et en restant bien sagement dans le salon. Je ne pensais pas à me maquiller mais c’est vraiment à partir de là je crois que j’ai entrevu la possibilité d’aller plus loin. Dans le même temps, Internet commençait à se développer et je constatais que je n’étais pas seule à vivre ce dilemme.
Par la suite, j’ai rencontrée celle qui allait devenir ma femme. Dans les premières années de notre relation, je ne ressentais pas le besoin de me féminiser mais peu à peu, ce besoin est revenu. Je crois que mon épouse se doutait de quelque chose mais elle ne m’en a jamais parlé, peut-être attendait-elle que je fasse le premier pas. Comme elle détestait les poils, j’ai pu m’épiler les jambes et j’avais même commencé à m’épiler la barbe.
Je réussissais à cacher mes tenues féminines dans un coin de la maison mais au bout de quelque temps, la cachette est devenue trop petite. J’ai donc loué un petit espace de stockage pour y mettre mes affaires et je louais une chambre dans un hôtel pour me travestir. A raison d’une fois par mois en moyenne, je m’exerçais à devenir femme : me maquiller, faire des essayages, bien assortir les vêtements. Quand je me suis sentie prête, j’ai franchi le seuil de la chambre pour sortir au grand jour. Quel plaisir ! Pouvoir évoluer dans l’espace public en étant reconnue comme femme, ne pas être démasquée (bon, pour être honnête, ça m’est arrivée). Au début, je sortais plutôt le soir, en hiver, avec un manteau qui permettait de cacher les formes, une grosse écharpe où plonger le nez en cas de danger. Et puis, peu à peu, j’ai pris confiance en moi, je sortais en journée, dans des endroits peu fréquentés d’abord puis je me suis jetée dans les centres commerciaux. Plus il y a de monde et moins on vous remarque.
Mon épouse est tombée malade pour décéder quelques mois plus tard, d’une longue maladie, comme on dit pudiquement. Je me suis retrouvée seule avec 3 jeunes enfants. Je sais ce que « charge mentale » veut dire, je sais de quoi parlent les femmes quand elles disent commencer une nouvelle journée quand elles rentrent du travail.
C’est probablement ma part féminine qui m’a aidé à tenir le choc et à traverser cette période difficile. Mais je n’avais plus le cœur à m’habiller en fille, mes vêtements sont restés dans la valise. Et puis, comme une vague de fond qui rejoint la plage, l’envie déferle de nouveau, la vie repart parce qu’il n’y a pas le choix et Cécile ressort sa valise (je m’appelle Cécile, je ne l’avais pas encore précisé). Mais mes goûts ont évolué : vite La Redoute et Zalando !
J’ai peur de blesser les gens que j’aime en leur révélant mon autre « moi », surtout mes enfants. J’ai très envie d’abord de le dire à ma sœur, vous savez celle qui portait des mules sixties… Je pense qu’elle le prendra bien et pourrait peut-être m’aider à aller plus loin dans le coming out. Mes amis ? Là je ne sais pas, mon intuition féminine ne m’est d’aucun secours ! L’adage dit que s’il s’agit de vrais amis, cette amitié persistera. Je demande à voir…
Quant à la société, elle évolue. On entend beaucoup de débats sur la transidentité, les questions de genre, la dysphorie de genre… Tout cela va dans le bon sens, celui de la tolérance.
J’aimerais bien faire une laryngoplastie (réduction de la pomme d’adam) et une rhinoplastie (vous savez ce que c’est j’en suis sûre, sinon cherchez dans Google) pour féminiser un peu plus mon visage mais sans aller dans une véritable chirurgie de féminisation. J’aimerais également rencontrer d’autres personnes qui suivent le même parcours. J’ai eu l’occasion de participer à des dîners organisés par ABC Beaumont. Ces repas permettent de rompre l’isolement et de rencontrer des personnes qui sont passées par là et ont trouvé un nouvel équilibre, tout cela dans une réelle bienveillance. Malheureusement, compte tenu de la crise du Covid et de la fermeture des restaurants, aucun dîner n’a eu lieu depuis longtemps…
Je souhaite également me rendre à une soirée Drôles de Dames, à Paris. Après de longues hésitations, j’avais prévu de m’y rendre en mars 2020 mais l’établissement a été contraint de fermer en raison de la crise sanitaire.
J’ai voulu rencontrer Jennifer pour qu’elle m’apprenne à mieux me maquiller, à utiliser les bons produits et devenir autonome. J’étais en effet complètement perdue et voulais repartir sur de bonnes bases. Je n’ai pas été déçue bien au contraire ! Jennifer m’a montré les bons gestes en maquillant une moitié de mon visage, charge à moi de faire l’autre moitié. Elle m’a montré comment choisir les produits qui s’adaptent bien à mon visage, dans quel ordre et comment les utiliser.
La séance photo a été un vrai plaisir même si j’ai eu du mal à me lâcher à 100% ! Je suis très contente des photos que Jennifer a prises de moi avec 5 ou 6 tenues différentes qu’elle avait sélectionnées dans ma garde-robe. Et cerise sur le gâteau, je suis repartie de chez elle en petite robe et avec une nouvelle perruque qui me va à merveille ! Ces quelques heures avec Jennifer ont été un vrai bonheur !
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